« Ah tu sais, journaliste c’est un peu bouché comme profession »

Cette putain de phrase, j’ai dû l’entendre une bonne cinquantaine de fois. A chaque fois, l’interlocuteur qui vous la sort pense vous donner un bon conseil du genre, « laisse tomber mon gars, ce travail n’est pas pour toi. Non vraiment, sois raisonnable ». Il se trompe lourdement.

Je déteste cette phrase. Tout d’abord parce qu’elle est inutilement décourageante et ensuite parce qu’elle sous-entend que le travail de journaliste serait aussi banal que celui de banquier ou de boulanger. Oui évidement si on attend que Pôle Emploi nous dégotte un travail de journaliste, on a le droit de trouver la profession bouchée. Accessoirement, on a aussi le droit de changer de métier. Mais s’il existe bien une vérité à propos du journalisme c’est que l’ensemble des règles qui régissent le monde professionnel ne s’appliquent pas de la même façon sur ce boulot (on y reviendra plus tard).

Il existe deux catégories de personnes qui vous sortent cette vérité toute faite. La première ne connaît rien au métier de journaliste et la seconde est …les journalistes eux mêmes. Nous allons tout d’abord nous attarder sur la première catégorie qui sera représenté ici par l’assistante d’orientation.

Tu seras… chaudronnier mon petit
Par deux fois un jeune doit affronter l’insondable gouffre d’idioties que représente l’entretien d’orientation scolaire. Si ces entrevues ont évolué depuis la lointaine époque ou je traînais mes guêtres dans un collège, tant mieux pour vous. Car en ce qui me concerne, j’ai eu la forte impression d’assister à la rencontre entre un poulpe et un ouvre-boîtes tant le niveau d’incompréhension mutuelle était élevé (et encore, il est prouvé que le poulpe manifeste une certaine forme d’intelligence).

Tout commence par une convocation anodine dans un bureau qui sent le tabac froid et cette odeur particulière qui vient quand plusieurs milliers d’enfants voient leur espoir et leur innocence voler en éclats. A ce moment précis je suis en train de me demander si un voyage en Corée du nord ne semblerait pas plus fun que ce bureau. En face se tient la psychologue/conseillère d’orientation qui perpétue la grande tradition française de démotivation nationale. Vous pouvez lire dans son regard la phrase suivante « j’ai fait 5 années de psycho pour en arriver là alors oui, je vais te ruiner ta journée mon poulet ». Avant de me regarder la vieille peau jette un œil amusé à mes bulletins de notes qui sans être catastrophiques semblaient lui crier au visage que j’étais un j’en foutre.
– Alors, tu as réfléchi à ton orientation professionnelle ?
– Bah j’aimerais bien être journaliste je crois.
– Ah journaliste, c’est bien ça !

A ce moment, une once d’espoir renaît dans mon esprit candide. Mais elle ne reste pas bien longtemps.

– Ah tu sais, journaliste c’est un peu bouché comme profession.
– Oui je sais mais je ne sais pas ce que je voudrais faire d’autre
– Bien entendu, mon petit. Si je regarde par rapport à tes résultats, tu peux envisager un BTS pour devenir chaudronnier.

Je continue à fixer cette femme, m’attendant à un petit rire signifiant la chute de sa bonne plaisanterie mais rien ne semble venir. Vous ne vous rendez pas compte mais à cette époque le fait d’aller dans une filière technique était pour moi le synonyme d’un échec cuisant marquant le début d’une longue route vers la déchéance sociale et probablement une belle carrière de clodo. En plus de ça elle me sort le nom d’un métier qui m’est totalement inconnu. Alors que je m’imagine en métallo poilu en train de façonner à coups de marteau un grand chaudron pour Panoramix le druide (oui j’avais un imaginaire très fertile), voilà que ma tortionnaire en remet une couche.

« Tu peux aussi être couvreur, on en manque en ce moment. C’est très demandé sur le marché du travail ».

Fuuuuuuuuuuuuuuuuuu

Je ne me rappelle pas vraiment de la suite de cette conversation. J’ai probablement fait mon malin en disant que « non, vraiment j’ai envie d’être journaliste » ce à quoi la conseillère m’a probablement répondu un « bon courage » avant de me foutre à la porte. En sortant, je voyais les regards apeurés de mes petit camarades qui comme moi allaient devoir perdre un peu de leur âme d’enfant dans ce bureau diabolique.

Après plusieurs année de réflexion et l’avènement de la culture web, une seule réponse s’est imposé à moi. Les conseillers d’orientation sont des trolls.

A propos David-Julien Rahmil

Infiltré dans le milieu du journalisme, je vous ouvre mon coeur et entreprend une exploration de cette profession tellement magique.
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6 commentaires pour « Ah tu sais, journaliste c’est un peu bouché comme profession »

  1. Belkine dit :

    J’ai 27 ans, et il y a dix ans, les conseillères et les conseils étaient les mêmes.

  2. Samantha dit :

    Y en a même un qui m’a dit en troisième : « on ne mélange pas passion et travail, mademoiselle! »

  3. Marie H. dit :

    Samantha… j’y ai eu droit moi aussi, exactement la même phrase… mais par une conseillère du Pôle emploi !

  4. lalileloluly dit :

    J’ai eu le droit à : « Non n’aller pas dans cette formation. Bien que vous ayez les compétences pour, le gouvernement l’a créer pour ceux qui viennent de tel autre filière. Ce ne serait pas juste vis à vis de l’état. »

  5. Théo dit :

    Malheureusement, c’est encore comme ça en 2012.

  6. SALUT, dit :

    et toujours le cas en 2013

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