Doit-on vraiment passer des concours pour être journaliste ?

Sonnez tocsin et brillez musettes (ou un truc du genre) cette semaine s’ouvraient les inscriptions pour les concours du PEMEP. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un concours commun aux trois grandes écoles de journalisme ESJ (Lille), CFPJ et IPJ (Paris). C’est un peu la quête du Saint Graal pour tous ceux qui souhaitent avoir un avenir (presque) tout tracé dans le journalisme.

En effet, la réussite à ces concours assure une place dans ces écoles prestigieuses qui vous apprennent tout un tas d’enseignements que vous vous empresserez d’oublier à la sortie. Rappelons ici que le principal intérêt d’une école n’est pas vraiment de vous former (en vous entraînant à écrire des vrais faux articles) mais plutôt de vous donner accès à un répertoire de journalistes et à des stages dans des grandes rédactions. Tout ça en passant une année de votre vie à bachoter et en payant plusieurs milliers d’euros de droits d’entrée. Vu comme ça c’est peut-être un peu moins bandant.

Pour beaucoup de jeunes désirant devenir journalistes, LA question se pose inévitablement. Faut-il passer les concours proposés par les écoles de journalisme ? Il y a quelques années je vous aurais dit « oui » sans grande hésitation. Mais 2 ans « perdus » à préparer le PEMEP ont finalement eu raison de ma farouche volonté à intégrer une école de journalisme par la grande porte. Le problème est cependant plus complexe que ça. En effet, il serait malhonnête de ma part de dire que les concours sont totalement inutiles. Mais il faut savoir qu’ils ne sont pas la seule voie possible.

Comme je l’avais précédemment évoqué, le métier de journaliste est un quasi-mystère pour toutes les personnes dont le travail consiste à vous orienter. La seule chose dont elles sont à peu près sûres est que l’on multiplie ses chances de ne pas être chômeur en passant les concours des grandes écoles. Sauf que les concours, c’est juste une fumisterie. Ils n’ont pour seul but que de servir de goulot d’étranglement à l’entrée des écoles.

Pour cela, on vous enferme pendant trois jours au centre des examens d’Arcueil, (un endroit charmant qui respire le stress, la compétition et le désespoir) et l’on vous fait passer des épreuves vraiment merdiques. Il y a par exemple le test d’actu qui vous demande de connaître par cœur le nombre d’habitants de la Transnistrie ou bien la contenance d’un baril de pétrole. Bref, rien qui ne puisse être résolu par un ou deux clics sur la toile dans la vraie vie sauf que là il faut avoir fait sa revue de presse tous les jours et l’avoir apprise par cœur pour s’en sortir. Et surtout ne croyez pas aux bullshits du genre « apprendre l’actu par cœur ne vous sert à rien ». Non, non, la plupart des épreuves d’actu demande du pur bachotage sur tous les sujets possibles. On peut aussi avoir une synthèse de documents anglée, l’écriture d’un article en anglais ou bien l’épreuve vidéo vous demandant de raconter un long métrage selon le point de vue d’un personnage (oui, on s’éclate pendant les concours…). Personnellement mon épreuve favorite fut celle proposée par l’IUT de Strasbourg qui me demandait de décrire une chaussure à quelqu’un qui n’en n’avait jamais vu.

Une fois l’écrit passé, vous avez aussi le droit à un oral où l’on vous demandera de motiver votre participation aux concours. Comprenez là que l’on va vous troller la gueule comme jamais. On en arrive à ce genre de scène :

Marrant, surtout quand on sait que la réussite d’un concours de journalisme vous demande de savoir écrire un article et de connaître les bases du journalisme.

Bref vous l’aurez compris, je n’ai jamais réussi ces concours. Pourtant on m’avait prévenu qu’il existait des alternatives mais bon à l’époque ça me semblait bien plus cool de ficher le journal Le Monde tous les jours plutôt que de chercher d’autres solutions. Pourtant voilà ce que vous pouvez faire :

Exemple vécu d'oral de concours


L’option stage
Passez une licence quelconque (Histoire/Littérature/Droit… c’est bien) en profitant de tout ce temps libre pour exercer votre journalisme dans des associations TV/radios/presse. Une fois arrivé en Master, enchaînez les stages conventionnés dans des rédactions (Libé, Le Monde, l’Express…, sont toujours preneurs surtout pour leurs éditions web).
Avantage : vous vous faites connaître, vous commencez votre réseau, vous apprenez les bases et à force de bosser gratuitement on vous proposera un contrat pro ou bien de la pige régulière.
Inconvénient : vous êtes stagiaire (ce qui implique que vous êtes une merde sous-payée ou pas payée du tout qui passe son temps à rebâtonner de la dépêche en vous faisant engueuler par tout le monde).

L’option formation en alternance
Le saviez-vous ? Quelques grandes écoles (notamment l’IPJ) propose des formations en alternance. Pour cela il suffit de vous rendre sur place, de passer un petit entretien et de chercher une boîte qui veut bien de vous.
Avantage : vous mettez dans votre C.V. que vous avez fait une grande école sans avoir à payer quoi que ce soit, 1 semaine sur 4 vous retournez en classe ce qui correspond un peu à des vacances et vous rencontrez quelques journalistes qui peuvent vous filer des coups de main à l’avenir. De plus vous commencez à gagner votre vie.
Inconvénient : Ceux qui sont rentrés par la grande porte vous crachent dessus avec un air méprisant, vous ne gagnez pas beaucoup de tunes (mais ça c’est une bonne habitude à prendre) et vous faites vos premières armes dans des rédactions ultra funky comme Bois magazine (le magazine du bois) ou bien Vivolta (l’ex-web-tv-des-vieux-qui-s’est-reconvertie-en-web-TV-pour-mamans-avec-Marie-Ange Nardi-qui-te-dit-que-le-pain-c’est-bon-tu-peux-le-manger-même-si-tu-fais-un-régime). Bref, vous commencez directement dans un placard et gouttez aux joies de la presse pro sans forcément être passionné par le sujet.

L’option blogueur
Sans doute l’option la plus aléatoire. Il suffit d’avoir un style pas trop nul et de cumuler des visiteurs uniques à la seule force de votre prose. Avec un peu de chance on vous contactera pour bosser dans une rédaction.
Avantage : « Mais non, je ne suis pas chômeur, je suis blogueur. D’ailleurs je gagne un peu d’argent avec la pub et je teste plein de choses en avant-première »
Inconvénient : ne vous leurrez pas, blogueur n’est pas un vrai métier.

Vous pouvez bien sûr cumuler les trois options en même temps et aussi passer les concours pour le fun histoire de voir ce que ça donne. Mais surtout, surtout, ne perdez pas de temps et faites en sorte de produire continuellement des papiers même si c’est pour votre blog.

A propos David-Julien Rahmil

Infiltré dans le milieu du journalisme, je vous ouvre mon coeur et entreprend une exploration de cette profession tellement magique.
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7 commentaires pour Doit-on vraiment passer des concours pour être journaliste ?

  1. Alicemkr dit :

    Petite rectification : tu as oublié l’apprentissage, proposé par l’IPJ, qui à la différence de l’alternance, envoie ses recrues dans des grandes rédactions telles que Ouest-France, France Télé ou Radio France. J’appelle pas ça un placard…

    PS : ne pas dénigrer la presse pro, c’est elle qui peut te nourrir le plus correctement possible.

  2. David-Julien Rahmil dit :

    Effectivement j’ai oublié l’apprentissage qui peut aussi être une bonne voie. Pour ce qui est de la presse pro comme « placard » Je suis totalement d’accord avec toi. On aura toujours besoin de journaliste pour travailler à Tracteur Magazine et autres publications attrayantes (surtout si on est dans la dèche). En ce qui me concerne j’ai déjà bossé dans un domaine très spécialisé qui ne me plaisait pas et je peux dire par expérience que c’est la pire chose à faire quand on est journaliste. Faire de l’alimentaire n’est pas vraiment un choix.

  3. Dorothy dit :

    Petite précision à cette article : Vivolta.com n’est pas un site pour les vieux mais un site féminin pour les femmes de 30 à 45 ans. Cela fait deux ans que nous nous sommes repositionnés. Lorsqu’on veut devenir journaliste ou qu’on l’est déjà, le minimum est de vérifier ses sources avant d’en parler. C’est une des choses que l’on apprend dans les écoles de journalisme.

  4. David-Julien Rahmil dit :

    Ah oui tiens vous avez changé. C’est vrai que « la TV des séniors » ça devait pas être jouasse comme accroche. Je vais réparer ça tout de suite. En même temps c’est pas comme si j’allais tous les jours sur votre site hein.

  5. Jane dit :

    Dorothy qui se montre agressive envers ceux qui ne connaissent pas son site … la politesse non plus ne s’apprend pas en école de journalisme mes braves !!

  6. Matthias dit :

    Que diable, allez sucer toutes les bites de l’enfer, et cessez ces hostilités (y)

  7. Bruno dit :

    Merci c’était très intéressant😉

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