Le petit guide du pigiste crevard – partie 2

Coucou les apprentis crevards, voilà la suite de notre petit guide pour devenir un pigiste winner. Après avoir vu les qualités qui feront de vous un pigiste professionnel, entrons dans le vif du sujet à savoir, « comment vendre un papier, moi qui ai le charisme d’une moule morte, une expérience proche du néant et qui ne suis pas le fils ou la fille de Bernard de la Villiardère (notre Indiana Jones à nous). » Malgré toutes tes tares, sache quand même garder espoir pour devenir un boss de la pige.

Conseil 4 : fais un synopsis
Vous avez entendu parler d’un groupe de sans abri qui a monté une association de cinéastes amateurs et dont les vidéos font un tabac dans les milieux underground parisiens ? Parfait, vous tenez là un sujet génial. Mais avant de vous lancer dans un reportage qui peut s’avérer coûteux en temps et en argent (les sans abri vous demanderont sans doute de leur payer des bières en échange d’une interview) il faut savoir si un journal est prêt à vous l’acheter. Bien sûr, vous pouvez directement faire votre reportage et tenter de le vendre ensuite mais je trouve cette méthode bien trop casse gueule en termes de rentabilité. L’idéal est donc de faire une petit synopsis que vous allez envoyer aux rédac chefs. Trouvez un titre accrocheur, expliquez votre sujet en deux ou trois lignes en le rendant alléchant et original et exposez un angle si vous en avez déjà un (même si ce dernier pourra changer en cours de route). Surtout, ne mettez pas le nom de vos contacts ou des indications trop précises car le vol de sujet est une saloperie bien trop fréquente dans notre milieu.

Conseil 5 : contacter les rédac chefs (sans avoir de scrupules)

Je ne vais pas vous mentir, il s’agit là du travail le plus ingrat quand on est un pigiste débutant. Après tout, on peut apprendre à écrire correctement dans une école de journalisme mais faire le VRP des sujets est une chose que l’on apprend sur le tas. Commencez par faire une liste des magazines qui pourrait être intéressés par le sujet des clodos cinéastes et appeler les rédacteurs en chef en utilisant les coordonnées que vous trouverez dans l’ours (on parle bien de la partie du magazine qui contient les noms des collaborateurs et les moyens de les contacter). Sachez qu’un contact par téléphone est toujours préférable à un mail mais si vous êtes trop peureux, vous pouvez toujours envoyer votre synopsis en vous présentant brièvement comme un journaliste pigiste. Si vous n’avez pas de réponse, ne prenez pas la mouche, la plupart des rédac chefs ne prennent pas le peine de répondre quand le sujet ne les intéresse pas. Ça ne veut pas dire que vous êtes trop nul, juste que vous n’avez pas encore trouvé la bonne personne. Si par le plus grand des hasards l’un d’entre eux vous répond, même par la négative, surtout profitez-en pour leur filer deux ou trois idées de sujets en plus. D’autres encore seront très intéressés par votre sujet mais annuleront au dernier moment quand vous prononcerez le mot « pige », « rémunération » ou « tarifs ». Surtout, ne vous embarrassez pas de scrupules du genre « ça ne se fait pas de proposer le même sujet à plusieurs rédactions ». Un journaliste n’a aucun scrupule quand il s’agit de gagner sa vie. Enfin, un rédac chef gentil acceptera peut-être votre sujet. C’est à ce moment qu’un rayon de lumière vous éblouira et qu’une musique céleste s’élèvera dans votre tête car vous toucherez au but suprême. Mais ce n’est pas terminé car il reste à discuter argent.

Conseil 6 : Évitez de vous faire « fister » (et de « fister » les autres pigistes)
Comme tous les milieux professionnels, la presse française charrie son lot d’escrocs. Il suffit de lire la black list des forums de category net pour s’en assurer. Mais rappelez-vous d’une chose fondamentale : ce n’est pas parce que le secteur est en crise et ultra concurrentiel que vous êtes autorisé à faire n’importe quoi. Même si ce n’est pas « un vrai travail » (voir la première partie de ce fabuleux guide), votre but est de gagner votre croûte en écrivant des articles. Ainsi vous devez être clair dès le début de votre relation avec votre rédacteur en chef : votre travail mérite un salaire décent. Pour cela, vous devez convenir d’un tarif au feuillet c’est à dire à partir de 1500 signes. La moyenne se situe entre 40 et 100 euros le feuillet pour la presse écrite et entre 40 et 100 euros l’article pour internet mais vous découvrirez rapidement qu’il n’y pas vraiment de règles fixes. A présent il y a certains principes que vous vous devez de respecter au maximum pour éviter de vous faire avoir et surtout de nuire aux autres pigistes :

1. N’acceptez pas de salaire ridicule ou de compensation en nature comme un t-shirt ou des places de concert. Si vous le faites, le rédac chef aura moins de scrupules à proposer ce genre de choses aux autres.
2. Écrire gratuitement dans un magazine branché en pensant que cela va vous apporter gloire et fortune est parfaitement stupide.
3. Si vous bossez régulièrement pour un magazine, faites-vous payer en piges. Ces dernières équivalent à une fiche de paye et vous permettent de cotiser pour la retraite (entre autres). Évitez autant que possible les payes en droit d’auteurs ou au black surtout si elles sont régulières.

Respecter ces règles, c’est respecter votre travail et le travail des autres. Bien sûr, vos premières piges ne vous rapporteront pas grand chose et je serai le dernier à vous jeter la pierre si vous bossez de temps à autre au black mais si vous souhaitez durer dans ce taf, il faut savoir dire non aux mauvais payeurs.

Conseil Bonus : fuyez les fermes à contenus.
A moins de vouloir écrire des supers articles sur l’évidage des citrouilles en octobre ou la fabrication d’un calendrier de l’avant en novembre et gagner 4 euros de l’article, fuyez les boites type « suite 101 » qui vous promettent la fortune tout en vous prenant pour de bon pigeons. Si ces mecs là pouvaient vous remplacer par un robot pour écrire les articles, ils le feraient.

A propos David-Julien Rahmil

Infiltré dans le milieu du journalisme, je vous ouvre mon coeur et entreprend une exploration de cette profession tellement magique.
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4 commentaires pour Le petit guide du pigiste crevard – partie 2

  1. effaceaprescorrection dit :

    Article drôle et bien pensé. (Mais on écrit « calendrier de l’Avent ». Bien à toi.)

  2. Alexandra Sca dit :

    Merci, j’ai passé un bon moment en te lisant😉

  3. Marie H. dit :

    J’attends la suite de tes aventures journalistiques pigistiques avec impatience… Je me sens soudain moins seule dans ce monde de brutes ! Le guide de la pige… en plus funky (notre bible à tous est différente hein, c’est pas parce qu’elle est moins funky qu’elle n’est pas bien et pas utile, j’ai pas dit ça…)

  4. tykayn dit :

    ça a l’air bien funky comme milieu. C’est le même combat pour les artistes indépendants.
    vivement la suite =)

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